Depuis près de trente ans, une radio FM est installée à Soignies, gérée de façon associative par des bénévoles. Ses statuts sont restés presque inchangés depuis 1981, les buts de l’association étant restés l’éducation et le développement associés à la libre expression. Au fil du temps, la commercialisation des ondes et la situation particulière due à l’absence de politique de la Communauté française en matière de gestion des fréquences et sa notion de liberté d’expression nous a affaiblis et a découragé plus d’un bénévole qui ne savait pas si l’on entendait sa création (représentant plusieurs heures ou jours de travail bénévole) au bout de la rue. Très vite, donc, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont suscité l’intérêt des citoyens (du moins ceux qui en avaient les moyens financiers) recherchant un vecteur d’expression ou d’information, par blogs ou sites Internet. Dans notre région, comme ailleurs, malgré des fractures numériques, de semblables projets « multimédia » ont vu le jour, notamment par des émissions sonores sur des vecteurs non linéaires de communication (cassettes, puis CD et Internet), mais encore sur des vecteurs linéaires numériques comme le streaming Internet. En effet, l’encombrement de la bande FM par des stations pirates à formats très proches rend presque impossible l’existence de stations à la sonorité non commerciale, plus destinées à être écoutées qu’entendues. L’évolution des technologies est telle que le numérique s’impose sur l’analogique, avec son surcroît de supports linéaires à occuper. Les normes de transmission évoluant sans cesse, le caractère éphémère des projets associatifs actuels en la matière devient tel que ces derniers s’individualisent, et que chacun, depuis son domicile, va monter sa propre chaîne de radio ou de télévision interactive, brisant ainsi l’aspect coopératif et les relations humaines de proximité, hors commerce. OSR, qui vit cette évolution depuis assez longtemps, va, avant la généralisation du numérique, tenter de rester « la radio au milieu du village », tout en accompagnant, en formant les nouveaux créateurs et en mettant en évidence l’importance de l’immédiateté des vecteurs linéaires dans le positionnement culturel ainsi que celle de l’archivage pour le futur et le caractère non éphémère des œuvres originales. En diffusant, pour commencer, les programmes enregistrés des acteurs culturels de la région impliqués dans cette démarche sonore, avec leur collaboration active au sein d’organes décisionnels et démocratiques par le biais de la radiodiffusion analogique, nous tenterons de réaliser ainsi des économies d’échelle culturelles, en décentralisant et rentabilisant les studios déjà installés, plus proches des acteurs. Cela évitera des déplacements parfois inutiles, de plus en plus dispandieux et sources de pollution.   Ainsi les utilisateurs deviennent aussi les décideurs et peuvent se rencontrer autrement que par le son et/ou l’image, fût-ce en 3D stéréo dolby 7.1, avec subliminal et illusions d’optique en prime. De plus, les auditeurs ont, outre un accès plus facile à l’écoute, l’occasion de s’exprimer, et de donner leur avis sur les contenus, sans oublier les informations services qui ont besoin de l’immédiateté d’un média pour s’informer. Un des atouts de l’OSR a toujours été de travailler avec de faibles moyens financiers, ce qui nous a valu de nombreux exposés à l’étranger, au Québec, Acadie et Afrique centrale, dans le cadre d’échanges appuyés par l’Organisation Internationale de la Francophonie. OSR pratique une forme de « troc culturel », surtout en matière de Nouvelles Technologies d’Information et de Communication, échangeant des savoirs et savoir-faire, tant au niveau des acteurs locaux que des acteurs européens ou extra-européens francophones. Notre radio est beaucoup plus connue à l’étranger qu’en Belgique, malgré sa couverture géographique au niveau de la FM analogique. En effet, membres fondateurs de l’AMARC en 1983 et secrétaire de l’URCAF ( Union des radios communautaires de l’aire francophone 1999- www.urcaf.org ), nous servons également de plate-forme technique haute fréquence et informatique trouvant, à chaque problème, une solution la moins dispendieuse possible, grâce au bénévolat. Pour nous, l’adoption, par l’UNESCO de l’«exception culturelle» est notre plus grande chance de survie. Le fait que le Parlement européen ait aussi ratifié cette notion nous encourage à continuer dans le sens de départ, (qui nous a permis de vivre contre vents et marées commerciaux) et nous caractérise comme garantie de diversité dans un paysage audiovisuel, en se devant le garant de la « libre-liberté » d’expression. Dominés par la recherche de profits financiers garantissant leur soi-disant « liberté économique d’expression », la plupart des autres média indépendants ont été vite emportés dans le maelström de l’économie d’échelle et de la concentration, mondialisant et bétonnant des formats consuméristes de la communication.